Dans le système capitaliste, la propriété des moyens de production confère un pouvoir déterminant sur les choix économiques : ce qui est produit -dans le cadre fixé par l’économie de marché1– , la manière de le produire et la répartition des revenus.
Durant ces quarante dernières années, le travail a produit davantage de richesse par heure travaillée. Une partie croissante des gains issus de cette productivité s’est orientée vers les profits, les revenus du capital ou les rémunérations les plus élevées, aux dépens des salaires. L’affaiblissement des institutions de négociation collective ont contribué à réduire le poids du travail dans la répartition des richesses.
Nous nous sentons prisonniers de ce système économique qui a fait du pouvoir d’achat la mesure de notre bonheur et cantonne la nature à des zones protégées ou des quotas autorisés.
Toutefois le capitalisme n’est pas le seul responsable. Son emprise a été renforcée par un certains nombre de décisions politiques à commencer par la fin du système de Bretton Woods.
La disparition de la convertibilité du dollar en or, combinée à la libéralisation progressive des mouvements de capitaux entre pays, a permis l’expansion du crédit. Elle a soutenu le développement de la production (sans pour autant garantir que les ressources financières soient toujours orientées vers la création de nouvelles capacités productives).
À mesure que certains marchés se sont saturés (en entraînant à la surconsommation) et que les possibilités d’investissement suffisamment rentables se sont réduites dans les activités productives, la recherche de profit a emprunté plusieurs voies complémentaires2 :
-La mondialisation a permis de réorganiser la production à l’échelle internationale, notamment en tirant parti des écarts de coûts du travail entre pays, mais aussi en accédant à de nouveaux marchés.
-Parallèlement, la marchandisation de ressources communes (eau, terres et forêts, semences, pêche …) et l’ouverture de certaines activités publiques à des intérêts privés (santé, infrastructures de transport, ..) ont étendu le champ dans lequel des revenus pouvaient être captés.
La financiarisation a renforcé cette dynamique. Elle ne signifie pas seulement que les capitaux se dirigent vers les placements financiers plutôt que vers l’investissement productif ; elle donne une place croissante aux exigences financières dans la conduite des entreprises. La production elle-même peut alors être organisée en priorité autour du rendement attendu par les actionnaires, au détriment d’autres objectifs économiques, sociaux ou écologiques.
Ce qui nous donne le sentiment d’être englués dans le système est, selon cette lecture, la dépendance croissante de nos conditions de vie à des décisions guidées par la rentabilité du capital, tandis que les moyens de peser collectivement sur ces décisions nous semblent affaiblis.
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1 Il faut distinguer l’économie de marché où les prix sont déterminés par le rapport entre l’offre et la demande et le capitalisme libéral dont il s’agit ici -Il existe d’autres formes comme le capitalisme d’État (cf. URSS) ou les situations de monopole, où il n’existe plus réellement de marché-.
2L’obsolescence programmée, le renouvellement des modes (ex. vêtement), la baisse de la qualité, l’innovation effrénée pour offrir des « nouveautés » (pas nécessairement indispensables, mais on crée ainsi des « besoins secondaires ») … sont autant de pratiques mises en place pour pousser à acheter encore et encore.
Il y a aussi toutes les pratiques destinées à augmenter les profits à niveau de consommation constant : par exemple remplacer des ingrédients naturels dans la nourriture par des ersatz artificiels… Enfin il y a celles destinées à rendre captif le consommateur (ex. Système d’exploitation Informatique propriétaires -obligeant de changer de matériel à force d’accumuler les “nouveautés”-, consommables propriétaires -cartouches d’imprimante coûteuses-, ..).